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Frelon asiatique dans la Loire : « Une seule reine capturée, c’est 10.000 frelons de moins en été »

today31 mars 2026

Arrière-plan

Véritable fléau pour la biodiversité et menace pour la santé publique, le frelon asiatique gagne du terrain dans la Loire. Pour contrer cette invasion, le syndicat d’apiculture de la Loire déploie des pièges innovants et sélectifs. Matthieu Charasse, président du syndicat, nous explique pourquoi la lutte se joue dès maintenant, au printemps.

Dans la Loire, la résistance s’organise face au frelon asiatique. Alors que les beaux jours reviennent, les reines fondatrices sortent d’hivernage pour créer de nouvelles colonies. Entre impact sur la production de miel et risques pour les particuliers, l’enjeu est de taille. Rencontre avec Matthieu Charasse, un apiculteur engagé sur le front de la protection des abeilles.


Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer le rôle de votre syndicat ?

Je suis Matthieu Charasse, président du syndicat départemental d’apiculture de la Loire et apiculteur. Notre syndicat est une association qui existe depuis avant 1901. Il regroupe aujourd’hui 211 apiculteurs, principalement dans la couronne stéphanoise.

Pourquoi le frelon asiatique est-il devenu un tel problème sur notre territoire ?

C’est une espèce invasive qui n’a pas de prédateurs ici, ce qui lui permet de se développer très vite. Les conséquences sont multiples. D’abord, c’est un problème de santé publique : il y a déjà eu des décès dans la Loire. Le frelon construit son nid un peu n’importe où, et lorsqu’il est à hauteur d’homme, il devient extrêmement dangereux.

Ensuite, l’impact sur la biodiversité est colossal. Un seul nid consomme environ 11 kilos d’insectes sur une saison. Quand on sait qu’une abeille pèse à peine 1 gramme, on imagine facilement l’hécatombe.

Pour les apiculteurs, la situation est-elle devenue critique ?

Absolument. En septembre et octobre, les frelons ont un besoin vital de protéines et les ruches deviennent leur « cafétéria ». Leur présence stresse tellement les abeilles qu’elles ne sortent plus chercher de nourriture ou de pollen. Conséquence : la colonie reste en mode hiver, il n’y a plus de ponte, et les abeilles meurent.

« Dans certains coins de la Loire très impactés, on perd 80 à 100 % des ruches. »

Vous avez mis au point des pièges spécifiques. Comment fonctionnent-ils ?

L’idée repose sur une étude de l’ITSAP (Institut de l’abeille) : au printemps, pendant un mois, la reine est seule pour fonder son nid. Si on l’attrape à ce moment-là, le nid n’existera jamais. Nous avons modifié des modèles existants en nous basant sur des études agronomiques pour créer un piège sélectif.

Frelon asiatique dans la Loire : « Une seule reine capturée, c'est 10.000 frelons de moins en été »
Pour attirer les frelons, un mélange sucré et alcoolisé est placé à l’intérieur.

Le trou d’entrée fait précisément 8,4 millimètres : c’est assez large pour le frelon asiatique, mais trop petit pour le frelon européen que nous voulons préserver. De plus, des trous de sortie permettent aux insectes plus petits, comme les guêpes ou les abeilles, de s’échapper.

Quel est le « secret » de votre appât pour attirer les fondatrices ?

Les reines cherchent du sucre pour avoir de l’énergie. Nous utilisons un mélange maison : un tiers de vin blanc, un tiers de bière et un tiers de sirop de fruits rouges. L’alcool permet de repousser les abeilles tout en attirant les frelons. On place ces pièges à proximité des anciens nids, des cours d’eau ou des abris de jardin.

« Tout le monde peut participer, pas seulement les apiculteurs. C’est un combat collectif pour préserver nos écosystèmes. »

Ces dispositifs sont-ils réellement efficaces à grande échelle ?

L’année dernière, sur le secteur de Saint-Étienne Métropole, nous avons recensé 6.300 captures de fondatrices. Cela signifie potentiellement 6.000 nids évités ! Il ne faut pas s’attendre à voir des milliers d’individus dans un seul piège : attraper une ou deux reines suffit à empêcher l’apparition de 10.000 à 20.000 frelons sur la saison.

Comment les habitants de la Loire peuvent-ils se procurer ces pièges ?

Nous voulions un dispositif accessible. Là où des pièges professionnels coûtent entre 20 et 40 euros, le nôtre revient à 3 euros. De nombreuses mairies (comme celle de Saint-Médard-en-Forez, par exemple) nous sollicitent pour en distribuer aux particuliers. Nous organisons des réunions publiques pour expliquer la démarche. Tout le monde peut participer, pas seulement les apiculteurs. C’est un combat collectif pour préserver nos écosystèmes.


Le saviez-vous ? Un nid non détruit donne naissance à 10 nouveaux nids l’année suivante. La vitesse de développement est exponentielle tant que le frelon trouve de la nourriture dans un rayon de 3 km.

Écrit par: Flavie Kiffer

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