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today13 septembre 2026

Une équipe qui rit devant une énigme résolue n’est pas forcément une équipe qui se parle mieux le lundi matin. À Lyon comme ailleurs, le team building promet volontiers de rapprocher les collègues. Il peut aussi, lorsqu’il est mal pensé, éclairer d’un néon peu flatteur ce que chacun s’efforçait déjà de contourner : rapports hiérarchiques raides, compétition usante, malaise face à une participation imposée.
Chercher une idée de team building à Lyon est compréhensible : la ville se prête aux parcours urbains, aux défis collectifs, aux ateliers manuels ou culinaires, aux activités de plein air. Des traboules du Vieux Lyon aux allées du parc de la Tête d’Or, le décor invite au décalage. Mais le décor ne fait pas la coopération.
Une journée hors des murs peut détendre une équipe tendue. Elle ne règle pas, à elle seule, la confusion des rôles, les décisions qui n’arrivent jamais ou l’accumulation des urgences. C’est ici que le malentendu commence : on attend parfois d’une animation qu’elle répare ce que l’organisation du travail abîme chaque semaine.
Il y a une différence sensible entre proposer un moment commun et demander à chacun de jouer la joie sur commande. L’escape game, le défi sportif ou la prise de parole ludique ne suscitent pas la même envie chez tous. Certaines personnes redoutent la compétition ; d’autres n’ont ni l’énergie, ni le goût de se mettre en scène devant leurs collègues ou leur hiérarchie.
Le risque n’est pas théorique. Une activité qui favorise les plus extravertis, les plus rapides ou les plus sportifs peut laisser les autres sur le bord du jeu. On voulait casser les silos ; on recompose, pour deux heures, les mêmes dominations. Avec parfois un trophée en plastique au bout de la table, ce qui n’arrange pas toujours l’affaire.
Le bon point de départ n’est donc pas : « Quelle activité sera la plus originale ? » La question utile est plus inconfortable : « Quel problème collectif voulons-nous rendre discutable ? » Une équipe qui se connaît mal n’a pas les mêmes besoins qu’une équipe qui ne sait plus qui décide. Dans le premier cas, un parcours coopératif à petits groupes peut ouvrir des conversations inédites. Dans le second, une séance consacrée à cartographier les responsabilités aura sans doute plus d’effets qu’un concours de rapidité.
Le choix du format doit aussi protéger le droit de participer sans se sentir exposé. Prévoir des rôles variés, éviter l’obligation d’effort physique, rendre la compétition facultative et annoncer clairement l’objectif. Ces précautions paraissent modestes, pourtant elles déterminent souvent la qualité du souvenir laissé.
L’enjeu rejoint celui de la qualité de vie et des conditions de travail : permettre aux personnes d’agir sur leur travail, apprendre à mieux fonctionner ensemble et expérimenter des améliorations concrètes. Une activité réussie ne s’achève donc pas à l’apéritif. Elle débouche sur une décision observable.
Le test le plus honnête ne se fait pas au moment de la photo de groupe. Il se joue quelques semaines plus tard. Les collègues se sollicitent-ils plus facilement ? Les désaccords trouvent-ils un espace pour être formulés ? Une habitude a-t-elle réellement bougé ?
À Lyon, le team building peut offrir une échappée bienvenue dans une ville faite de passages, de pentes et de croisements. Mais l’équipe n’a pas besoin d’être distraite de ses difficultés. Elle a besoin qu’on lui donne les moyens de les regarder ensemble. Reste alors une question, bien moins glamour qu’une chasse au trésor : que sommes-nous prêts à changer, une fois les énigmes rangées ?
Écrit par: Elise Perrin
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